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"Mots pour maux" - Novembre 2012

A propos du spectacle

Joué en ouverture du colloque du G.A.R.E.F.P. (Groupe Antillais de Recherche, d’Etude et de Formation Psychanalytique). Schoelcher, Martinique, novembre 2012.

« Explorant au plus profond la déréliction du sujet colonisé, la poésie de Césaire la conjure par la promesse d’un dépassement qui ne peut être que collectif. »


Dire des textes d’Aimé CESAIRE lors d’un colloque de psychanalyse consacré à l’amour, voilà qui paraissait tout à la fois difficile et intéressant.

Difficile, car CESAIRE n’est pas ce que l’on pourrait appeler un poète ou un écrivain de l’amour. Difficile aussi, parce qu’il ne s’agissait pas, selon moi, de proposer aux organisateurs et au public une étude de l’écriture (et en particulier de la poésie) césairienne, qui prendrait la forme d’un discours ou d’une communication se rattachant peu ou prou au thème général.

Un exercice néanmoins intéressant, précisément parce qu’il fallait trouver comment dire. Inventer, créer, composer une forme capable d’exprimer, non pas tant l’amour, mais la dimension psychanalytique de l’écriture césairienne. Tel serait donc le fil conducteur de mon travail, le chemin que prendrait ma mise en scène et la porte par laquelle j’inviterais le spectateur à entrer dans l’œuvre du Poète.

La forme serait donc le spectacle vivant, dépourvu de commentaires et d’analyses personnels explicitement formulés. Seuls le jeu et l’interprétation, le langage du corps, la diction, le choix et le montage des textes devaient éclairer le spectateur et guider sa réflexion.

Et puis, je décidai d’ajouter quelque chose à quoi je pensais depuis longtemps. Une autre forme d’expression et d’art : la peinture. Non pas le dessin, car je ne sais pas dessiner (du moins, je le crois !). Mais l’écriture de mots au moyen de la peinture et du pinceau. Progressivement, le projet se précisa et devint clair : écrire des mots pour exprimer les maux de CESAIRE. Et en même temps, cela revenait à représenter le processus de la création : s’efforcer de comprendre la douleur, trouver les mots pour dire les souffrances intimes et tenter d’exorciser les maux.

Ecrire pour ne pas sombrer dans l’abîme de la folie et/ou de la déréliction. Ecrire pour ne pas mourir. Mon écriture et ma mise en voix, tout comme ma mise en corps, des textes tenteraient d’être mimétiques de l’écriture poétique de CESAIRE, ainsi que de la construction de sa pensée et de sa personnalité.

Pour représenter tout cela et pour écrire, il me fallait un support, une sorte de page immense. Une amie plasticienne et professeur d’arts plastiques, Géraldine BONELLO, m’aida à concevoir un panneau à fixer sur un mur. Les vastes dimensions (3,40 mètres de large sur 2,10 mètres de haut) de ce panneau devaient me permettre de réaliser les gestes amples que je jugeais indispensables à la qualité esthétique du spectacle. Un matériau de base : le papier. Plusieurs sortes de papier : craft, papier de soie, journal, papier mûrier.

Deux mois de travail pour fabriquer ce décor nu, conçu comme une peau, un autre moi, le reflet de mon être le plus profond et de celui du Poète dont je fais entendre la voix. Un panneau support des mots (et des maux) à écrire progressivement, à mesure que se déroule le spectacle. Et aussi le lieu de l’exorcisme et du dépassement de l’aliénation.
Outil esthétique (le choix des couleurs et des signes rappelant la peinture de Jean-Michel Basquiat) et scénographique (les pinceaux, les feutres, l’encre de Chine, les crayons pastel étudiés et sélectionnés pour accompagner le langage du corps) ; décor à construire (sorte de work in progress) ; élément d’une mise en scène contemporaine. Véritablement un personnage, ou comme on dit, un actant, à part entière qui, sur scène, m’accompagne et contribue, lui aussi, à créer l’atmosphère.

Avant le spectacle, toute une installation est mise en place, comme pour inviter le spectateur à une cérémonie inspirée des rituels vaudou : il s’agit d’entrer en poésie. Quitter un temps le monde trivial pour « s’installer au cœur vivant de soi-même et du monde » (Aimé CESAIRE, Tropiques).

A mesure que je joue et interprète les textes, à mesure que j’inscris les mots selon une organisation méditée et préméditée, je donne à entendre et à voir les souffrances d’un homme nègre, mais aussi d’un peuple nègre. Voir et entendre la douleur causée par l’esclavage, la misère coloniale et la honte de soi. Mais aussi, à mesure que je joue et que je compose la carte des mots, j’exorcise les maux. En disant, j’assume et crée les conditions de ma propre émancipation. En disant, en écrivant, j’accède à la prise de conscience et à la connaissance de moi-même.
A la fin du spectacle, le mot liminaire « NEGRE » est devenu une partie d’un groupe de mots « PEUPLE NEGRE DEBOUT ». Car au bout du processus et de la souffrance, « je » se confond avec « nous », l’intime avec le collectif, le Poète avec son peuple. Une fin de spectacle conçue comme l’espoir et la promesse d’un dépassement collectif (et non pas seulement individuel), seul capable d’apaiser et de conjurer durablement les maux.

Pour symboliser cet espoir, il y eut un chant, murmuré, comme issu de mes profondeurs et de ma mémoire nègre.
Et je terminai le poing dressé, pour exprimer à la fois la dignité conquise et la force de la poésie de CESAIRE.
S’ensuivit un échange avec le public, un de ces moments émouvants et précieux qui m’encouragent à poursuivre ce travail de création et de diffusion – ou mieux, de socialisation – de l’une des paroles les plus nécessaires en ces temps de détresse.

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Il y eut un collier, fait de bric et de broc, une sorte d’objet mystique inspiré des poèmes « Patience des signes » (Les Armes miraculeuses) et « Maillon de la cadène » (Moi, laminaire). Objet, paraît-il, impressionnant ! Un accessoire rouge − bien sûr, la couleur de la révolution mais aussi celle du sang – qui tranchait avec la couleur blanche et neutre de ma tenue.

Maquillage : Audrey Chemin pour l’institut Beauté Plurielle
Collier : Belle Création
Photographies : Jean-Michel André



Photos

"Mots pour maux" - Novembre 2012

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